LE MONDE ARABE-POURQUOI UNE PROPOSITION A SOMME NULLE ?

Il ya quatre semaines je me tenais au milieu de l’Avenue Habib Bourguiba a Tunis. Soudain, j’ai été entouré par des centaines de personnes chantant et criant. J’avais entendu parler de manifestations dans différentes régions du sud, mais si rapidement à Tunis? Je me suis demandé.

Sans avertissement, j’ai été submergé par un sentiment d’euphorie et de déjà-vu. c’était en 1978 et 1979, époque où ZABA était le directeur national de la sécurité. J’étais un jeune homme qui allait a l’Université a Tunis. À une occasion, j’ai été témoin de plusieurs étudiants et ouvriers, mitraillés par la police alors qu’ils tentaient de démonter une statue de Bourguiba, le symbole de l’autocratie. J’étais choqué et incrédule. Il m’a fallu environ une demi-heure pour réaliser que j’avais une entaille de trois pouces de profondeur sur le côté gauche de mon ventre. Je cherchais la ruelle la plus proche pour me refugier loin des fourgonnettes itinérantes des BOB, lorsque j’ai été entouré par plusieurs policiers en civil et emmené au ministère de l’Intérieur. C’est là que j’ai rencontré plusieurs autres étudiants, dont nombreux etaient gravement battus. C’est unitile de raconteur les détails de mes deux semaines de séjour au MI. Je m’efforce de les mettre hors de mon esprit, dans l’espoir de réhabilitation et de pardon.

Trente ans plus tard, je me trouve à moins de cent mètres de l’endroit où j’ai été sauvagement battu. J’ai été entouré par les mêmes visages innocents. Les chants sont identiques et les méthodes sont indiscernables, a l’exception des centaines de téléphones portables tenus haut .

J’ai senti une tres grande confusion et un afflux de sang a la tête.

Je devais partir pour les États-Unis le lendemain pour m’occuper de mon business. En meme temps, je voulais voir jusqu’où irait ces manifestations. J’ai sous-estimé la puissance de ces jeunes hommes et femmes. Ils avaient la conviction et le désir que nous avions il y a trente ans. Ils ont su communiquer à travers l’utilisation de la technologie. Car je suppose, que ZABA et son entourage, qui etaient pour la plupart defiés par la technologie, ont sous-estimés les avantages que la technologie peut apporter, lorsqu’elle est utilisée correctement. Je vais jusqu’à prétendre que le gouvernement Américain lui-même a sous-estimé, mal géré,et mal élaboré des stratégies pour faire face aux médias sociaux et leur prolifération dans les masses. L’administration d’Obama est encore en course contre la montre essayant de comprendre quel cheval miser sur, et la meilleure façon de couvrir ses paris.

Plus tard dans la soirée au café du quartier Montplaisir, pendant que des jeunes exhibaient leurs trophées de grenades lacrymogènes vidés “Made in the USA”, on m’a souvent demandé «pourquoi est-ce-que Obama nous hait…», ou «veulent-ils nous dire que la démocratie est pour les Etats-Unis seulement? ” J’aurais voulu y passer plus de temps pour expliquer la position et le sentiment du veritable peuple américain.

Le jour suivant en retournant aux Etats Unis, j’ai pensé à ces questions. J’ai anticipé la façon dont ca serait joué par tous les côtés. J’ai deviné, sur la base des antécédents, que ZABA justifierait la brutalité de son régime en prétendant qu’il luttait contre les extrémistes islamistes, et il s’est averé que j’avais raison. C’est une carte qu’il a tiré à chaque fois qu’il soupçonnait que ses pratiques brutales seraient critiquées par ceux en dehors de la Tunisie. Et c’est tout ce que Washington voulait et devait entendre. La vérité n’était pas pertinente. Il s’agissait d’un cas où la fin justifie les moyens, aussi longtemps que les moyens destinaient la stabilité dans la région, parce que dans cette région, la stabilité et la démocratie sont incompatibles.

Ayant récemment passé un temps considérable dans la région MENA, permettez-moi de vous assurer qu’aucun des hommes a qui j’ai parlé se souciait des opinions extrémistes, des idéologies politiques, de Bin Laden, ou Obama. En Tunisie, la rue ne se soucie pas des forces géopolitiques et des idées islamistes. La Tunisie est un pays très laïque, composé d’un peuple jeune et extrêmement bien éduqué. Ce qu’ils veulent, c’est des emplois, la dignité, la liberté et l’opportunité de chercher une vie meilleure. Ce n’est pas un soulèvement idéologique comme celui de la Chine ou de l’Europe de l’Est en 1989, ou religieux comme celui de l’Iran en 1979.

Je demande au président Obama de soutenir une véritable démocratie, même au détriment des intérêts immédiats de la politique américaine. S’il choisit des platitudes et le statu quo, l’atteinte à la réputation de l’Amérique dans la région prendra probablement des décennies pour se réparer. J’ai décidé de ne pas attendre jusqu’à ce qu’un vainqueur se dégage. Pour moi, il n’ya qu’un seul parti qui mérite tout mon soutien. Par ce que la démocratie et la liberté est un droit, pas un privilège accordé à ceux qui servent notre intérêt global.

Monsieur le Président, où est «l’audace» avec laquelle vous aviez fait croire a beaucoup d’entre nous que vous étiez la force du «changement » que nous cherchions? Où est le «Yes we can” que vous nous aviez vendu? Je vous le dis, Monsieur le Président, et au nom de tous les Tunisiens et les arabes, “together, we will”.

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